DIE ORIGINALE KARINA BEUMER

Un film de Karina Beumer- Production Studio Ruba

61mn, Pays-Bas, Belgique, 2025

https://www.cinergie.be/actualites/de-originele-karina-beumer-de-karina-beumer

Karina Beumer, artiste multidisciplinaire néerlandaise, est coutumière de gestes artistiques où entrent en jeu le rapport à l’autre et l’interactivité. Dans De Originele Karina Beumer, elle s’engage dans un éclatement par l’absurde de sa propre identité. Karina Breumer publie une offre d’emploi dont le travail consiste à prendre sa place au quotidien. Elle reçoit alors plus de soixante présentations vidéo de postulantes et postulants. Non contente de choisir un ou une candidat ou candidate, elle désigne une multitude de Karina Beumer pour endosser son existence. Le film, entre fiction et documentaire, retrace cette formidable aventure dans un récit surréaliste débordant d’idées.


Screenshot

Pour bien comprendre les intentions derrière De Originele Karina Beumer, il faut revenir quelques années en arrière. Karina Beumer cherche depuis quelques années à se remplacer. En 2020, l’artiste néerlandaise diffuse une offre d’emploi où elle cède ses activités d’artiste contre rémunération. Annelein Pompe (réalisatrice du chaudement recommandable De Schaduwwerkers) postule, rédige une lettre de motivation et la convainc de l’embaucher. Comme prévu par le contrat, elle endosse alors toute sa vie artistique à temps partiel pendant cinq semaines. Le livre Dagboek van een vervanger, officiellement « écrit par Annelein Pompe à la place de Karina Beurner » (sic), sort en 2022 pour raconter en détail cette aventure. Entretemps, Karina Beumer continue à en explorer les ramifications esthétiques. Dans cette même veine, elle publie ainsi en 2021 une histoire interactive écrite en collaboration avec de nombreux autrices et auteurs (dont, une fois encore, Annelein Pompe), Terms of condition, qui suit une personne freelance qui décide de se virer et de se démissionner.

Cependant, c’est bien avec De Originele Karina Beumer que le concept est poussé dans ses derniers retranchements. Alors que l’expérience de 2020 avait pour conséquence de libérer Beumer de son métier d’artiste, cette fois le but est au contraire d’augmenter sa productivité pour répondre aux demandes du marché. Son premier court-métrage, nommé (…), a, selon son témoignage, attiré l’attention sur ses créations et l’offre doit suivre une demande croissante. Il lui faut, par conséquent, faire mieux que le mieux qu’elle peut donner. Dans un geste surréaliste plein de dérision à l’égard des lois qui régissent nos économies, elle diffuse alors une offre d’emploi, non pas pour embaucher une personne pour la remplacer, mais une multitude de personnes qui devront pleinement l’incarner au quotidien et non plus uniquement reprendre son activité artistique. Autrement dit, Karina Beumer démissionne d’elle-même et délègue son existence en vue d’une plus grande efficacité. Ses différentes incarnations auront alors pour tâche de mettre en œuvre une exposition sur l’artiste et donc eux-mêmes.

Forte de sa première expérience de réalisatrice, ce n’est donc plus par un livre qu’elle narre cette aventure, mais par un film où elle bénéficie de la complicité de sa mère ( déjà présente dans (…) ), qui devient celle de toutes les Karina Beumer. Il s’appuie d’abord sur le foisonnement de vidéos envoyés par les postulantes et postulants, mais très vite se détache de cet aspect compte-rendu pour naviguer en des eaux brumeuses où fiction et réalité se mêlent étroitement, où espaces strictement documentaires et espaces imaginaires se chevauchent allègrement, tandis qu’il descend profondément dans les paradoxes abyssaux de l’identité de Karina pour les porter à leur plus grande intensité. Karina Beumer peut-elle être encore elle-même quand son identité est diffractée à travers le prisme de tant d’autres ? Peut-elle encore avoir une emprise sur son propre destin ? Voire son propre film ?

De Originele Karina Beumer ne cesse de jouer, tel un balancier en constante tension, entre le besoin de l’artiste à se surpasser, à travers une maîtrise implacable exercée sur ses différentes déclinaisons, et le risque, dans ce surpassement, de tout simplement disparaître faute de limites pour tracer les contours de son identité. Cette ambivalence est très bien concrétisée dans l’esthétique même du film. Karina Beumer est absente physiquement à l’image en son être propre, en son ipséité si l’on veut être plus philosophique, mais son esthétique, elle, demeure omniprésente, contaminant la réalité pour la transfigurer par ses rêveries gondryiennes en papier mâché. Elle est la marionnettiste qui tire toutes les ficelles, comme c’est très bien imagé dans la représentation de l’intérieur de sa tête (inspirée de Inside Out des studios Pixar) qui revient régulièrement durant le film tel un leitmotiv. Cela reste un film de Karina Beumer en tant que Karina Beumer. Ses œuvres, ses dessins, ses peintures sont partout, jusque dans la réalisation où elle reste la tête pensante. Cependant, c’est une présence fragile, évanescente, exprimée à partir de la présence muette de ses créations  et prompte à dériver au fur et à mesure que les individualités prennent le dessus. Dans le générique, elle est réalisatrice en chef, certes, mais avec toute une flopée d’alter ego en embuscade à la co-réalisation. Film de démiurge tout puissant ? Pas vraiment, puisqu’il y a un sens certain de l’ironie, de l’absurde et de la dérision et que Karina Beumer est une source d’interprétation pour ses remplaçant-e-s et non de réplication. Film radical clamant la mort de l’artiste ? Non plus, car, comme on peut aisément s’en rendre compte, elle conserve la main sur son projet. Elle n’est pas ici, comme en 2020, pour jouir d’une tranquillité nouvelle, mais bien pour agir en capitaine d’industrie optimisant son rendement jusqu’à l’absurde. La place de Beumer est par conséquent délicate, située dans un curieux entre-deux dans lequel elle navigue pourtant avec une surprenante agilité.

De Originele Karina Beumer peut donc effrayer par ses multiples couches narratives qui s’y croisent, faisant craindre une trop grande complexité, mais c’est en vérité un havre de fraîcheur dans lequel il est agréable de se baigner, même plusieurs fois. Les différentes personnes qui y ont participé touchent par leurs motivations, leurs réactions, leur implication dans cet étrange jeu d’un rôle. La progression de ce « pseudocumentaire » agrippe rapidement l’attention et tient en haleine par son côté jusqu’au-boutiste. L’excellente bande originale de Igor Kłaczyński, toute légèreté et fantaisie, accompagne superbement bien l’image jusqu’à atteindre des sommets dans une séquence animée à couper le souffle. Autrement dit, si le point de départ du film est vertigineux, tout est fait pour rendre la vision plus digeste, plus légère, tel un bonbon acidulé qui fond lentement en bouche en stimulant les papilles de son piquant tout en adoucissant par son sucré.

Un film de Ntare Guma Mbaho Mwine, Ouganda-USA, 2024, 77’mn

Produit par Steven Soderbergh, Jenifer Westphal, Joe Plummer, Ssenjiri BashirU

le MARDI 24 MARS 2026 | à 19h30

AU 100 E.C.S – 100, rue de Charenton – 75012 Paris

EN PRÉSENCE DU RÉALISATEUR

Ntare Guma Mbaho Mwine, photographe américano-ougandais -et accessoirement acteur hollywoodien- nous propose avec Memories of love returned une réflexion très intime sur les pouvoirs du portrait photographique. Pouvoir de figer l’instant autant que de visualiser le temps qui passe, l’enfance, l’amour, la mort, la mémoire. L’absence. « Beware of Time », « méfiez-vous du Temps !», nous dit le réalisateur.

Le film se passe en Ouganda, dans la toute petite ville de Mbirizi, où Ntare découvre, tout à fait par hasard, en 2002, le studio photographique « Akwatempola » (« celui qui avance lentement, ira loin ») et son invraisemblable paysan-photographe, Kibaate Aloysius Ssalongo (1939-2006).

A l’inverse des ambiances très urbaines de Malik Sibidé ou de Seydou Keïta à Bamako, ou bien de Jean Depara à Kinshasha, les dizaines de milliers d’images de Kibaate nous livrent son regard très personnel sur cinquante ans de société rurale dans la région de Masaka : la fin du colonialisme étriqué, le souffle de liberté à l’indépendance, les années Juke-box, l’arrivée du Sida, la dictature d’Idi Amin Dada, jusqu’à l’essor du conservatisme évangélique et des lois anti LGBT+.

A l’issue d’un travail de numérisation de négatifs de Kibaate qui va s’étaler sur vingt ans, Ntare Guma Mbaho Mwine décide d’offrir « leur image » à leurs protagonistes et à leurs descendants, via une exposition sur place à Mbirizi.

Le lien entre le souvenir de l’être aimé et son image est vieux comme le monde, de Dibutade dessinant le profil de son amoureux qui part à la guerre, aux portraits « en cheveux » du XIXème. Mais dans cette région d’Afrique où les membres d’une même famille se comptent par centaines (quand ils arrivent à se compter !), les clichés photographiques vont agir sur les habitants comme une Boîte de Pandore. Il y a de l’incantation, de l’intime, de la cruauté, dans l’émotion des visiteurs.

Le regard du réalisateur, lui-même à cheval sur deux continents, soit juge et partie, nous livre toute crue une mise à l’épreuve de la mémoire à l’échelle d’une communauté. Une expérience photographique en temps réel et in situ, en quelque sorte, qui nous oblige à déplacer géographiquement, mais aussi conceptuellement, notre définition de la photographie. Méfiez-vous du Temps ! Méfiez-vous de la Photographie !

Monica Regas

La projection sera suivie d’une discussion entre Ntare Guma Mbaho Mwine et Isabelle de Visscher-Lemaître, membre de SensoProjekt

PRIX ET MENTIONS SPÉCIALES

Named one of the best documentary’s of the year by Doc Talk co-hosts John Ridley and Matt Carey
Named one of the 10 Best African Documentaries Of 2024 by OkayAfrica

Winner Best Documentary at Mashariki Film Festival, Rwanda 2025
Winner Jury Special Mention at Kilifi Creek Film Festival, Kenya 2025
Winner Best Documentary at Zanzibar International Film Festival, Tanzania 2025
Winner of the Audience Award for Best Feature Documentary at the Pan African Film Festival 2025
Winner Best International Documentary at the African International Film Festival 2024
Winner Jury Special Mention at the African International Film Festival 2024
Winner Best Documentary Feature at the Silicon Valley African Film Festival 2024

COUVERTURE DE PRESSE

Deadline – Doc Talk Podcast: Ntare Guma Mbaho Mwine Uncovers Astonishing Photographic Talent In ‘Memories Of Love Returned’; Emmy Noms Debrief
https://deadline.com/2025/07/ntare-guma-mbaho-mwine-memories-of-love-returned-1236465451/

CNN International Africa Avant Garde – Excerpt with Memories of Love Returned
https://vimeo.com/1085574395

CNN Africa Avant Garde full feature (Ntare and Memories of Love Returned are featured at the 12:22 minute mark)
https://www.cnn.com/2025/05/16/world/video/africa-avant-garde-film-festivals

PBS News Hour
https://www.pbs.org/video/memories-from-uganda-1746906990/

BBC World Service feature story.
https://www.instagram.com/reel/DDguwRtqBX-/?igsh=MW95ajAxa205NTRjcg==

BBC Focus on Africa radio interview. The interview begins at the 20:40 mark in the link below
https://www.bbc.co.uk/sounds/play/p0k7ttlv

BBC News Africa feature story posts on Instagram and YouTube
https://www.instagram.com/reel/DCrLBtHsXKV/?utm_source=ig_web_copy_link

https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=-xLhP8ET4kU’

BBC Swahili service feature story.
https://www.instagram.com/reel/DC8bfiCNpkL/?utm_source=ig_web_copy_link

Hak Focus Entertainment
https://www.youtube.com/watch?v=hRly_FuLCyU

OkayAfrica – The 10 Best African Documentaries Of 2024
https://www.okayafrica.com/best-african-documentaries-2024/

Africa Unbound
https://africaunbound.substack.com/p/cysk-3-ntare-guma-mbaho-mwine

SiriusXM’s Bevelations with Bevy Smith
https://www.siriusxm.com/player/episode-audio/entity/24a433dc-da56-7e92-09bc-9145bec26efa

Hollywood Soapbox
https://www.hollywoodsoapbox.com/interview-kibaate-aloysius-ssalongo-comes-into-focus/?fbclid=IwY2xjawKRS1pleHRuA2FlbQIxMQBicmlkETFYQXR1OGJmd2RPeVVUcGRDAR5CZaOfjOdOlKtLjji16d17Kl8sk–Pgi_O7vYAr9fajF4p9DP1Q22ONShcTg_aem_or3DPkTIvtJHRPTs9Fh_ug#google_vignette

New Jersey Urban News
https://njurbannews.com/2025/05/07/nyaff-to-spotlight-rural-photographer-kibaate-aloysius-ssalongos-50-year-career/?fbclid=IwY2xjawKRS7tleHRuA2FlbQIxMQBicmlkETFYQXR1OGJmd2RPeVVUcGRDAR7c-WrMUMGqYOyUVbIQ4JMfRTogbhMiAnxcKRe1at3LdeCOi6UlQs-w8gfMHQ_aem_qEz_n84hDrxeX7H8FDoEUw

Reviews and Dunn
https://reviewsanddunn1.substack.com/p/ntare-guma-mbaho-mwine-on-his-newest

BOSSIP feature story.
https://bossip.com/2753211/actor-ntare-guma-mbaho-mwine-memories-of-love-returned/

Akoroko film review
https://mailchi.mp/akoroko/african-cinemas-2023-and-beyond-12831932?e=21c058cfe3

ARISE 360
https://www.youtube.com/watch?app=desktop&si=8gia9npZBXiDQ0ZR&v=_QXk_cUPlzA&feature=youtu.be

Press coverage on project prior to film premiere

DEADLINE
https://deadline.com/2020/02/the-chi-ntare-guma-mbaho-mwine-documentary-ugandan-photographer-kibaate-aloysius-ssalongo-film-briefs-1202856897/

BBC World Service
https://www.bbc.com/news/world-africa-59862548

BBC Focus on Africa
https://www.bbc.co.uk/sounds/play/p0bdd3wg?fbclid=IwAR3eXC66vd4K4XM3G8PaCvNl29WPh-jr4NcL3Tspby-me7UssltcorDlmYM

BUKEDDE
https://www.youtube.com/watch?v=myYJfeFkCEI

KAMPALA SUN
https://www.kampalasun.co.ug/us-based-ugandan-actor-ntare-mwine-stages-kibaate-aloysius-salongo-photo-exhibition-on-masaka-mbarara-highway/

PLUGGED DAILY
https://pluggedaily.com/2023/01/24/how-ntare-guma-mbaho-mwine-is-keeping-a-ugandan-photographers-work-alive/

DELAWARE CONTEMPORARY
https://www.decontemporary.org/kibaate-mwine

Memories of Love Returned – CALENDRIER DES FESTIVALS

May 23 – 25, 2026 – NYAFF at Brooklyn Academy of Music BAM

March 24th, 2026 – Le 100, Paris, France

March 6th, 7th and 8th, 2026 – Kampala, Uganda at Acacia Mall cinema

February 27 & 28th, 2026 Uganda premiere in Mbirizi

February 26th, 2026 – Cascade Festival of African Films (CFAF), Portland, Oregon

February 18th, 2026 – Cornell University, New York

February 17th, 2026 – Yale University, Connecticut

December 11 – 13, 2025 – Dart Festival Barcelona, Spain

November 22 to November 30, 2025 – Mashariki Film Festival, Rwanda

November 15th, 2025 – Jakarta Independent Film Festival, Indonesia

October 27th – November 30th 2025 – Unseen Cinema, Nairobi, Kenya

October 17th – 19th, 2025 THE EYE International Photography Festival 2025, Wales, UK

October 16th – 26th, The Nairobi Film Festival, Kenya

October 12th – 18th, Kilifi Film Festival, Kenya

September 27th – 28th, Cinema Akil, Dubai

September 26th – 28th Newburyport Documentary Film Festival, Massachusetts

September 18th – 25th African Film Festival New Zealand

September 10th – 21st Mostra de Cinemas Africanos, Brazil

June 27th, 2025 Zanzibar International Film Festival, Tanzania

June 6th, 2025 LightReel Film Festival Washington D.C

May 30th, 2025 Berkshire International Film Festival

May 23, 2025 Watch Africa Film Festival in Cardiff, UK

May 10, 2025 New York African Film Festival at Film at Lincoln Center

March 23rd, 2025 at the New African Film Festival at the AFI Silver Theater in Maryland

March 4th, 2025 Cal State Chico

February 28th, 2025 at FESPACO in Burkina Faso

February 22nd, 2025 at Slamdance Film Festival in Los Angeles

February 16th, 2025 at The Big Sky Documentary Film Festival

February 14th & 16th, 2025 at Pan African Film Festival in Los Angeles

November 8th, 2024 Africa International Film Festival in Lagos, Nigeria

October 26th, 2024 Film Africa in London, UK

October 10th, 2024 Silicon Valley African Film Festival

https://www.newvision.co.ug/category/entertainment/emotions-galore-at-premiere-of-ntare-mwines-m-NV_229478_032026